Le voyeurisme en apparence glacé de Schiele
masque assez mal une empathie douloureuse.
Il est par ses corps dévastés le témoin affligé
d'un effondrement qui nous emporte avec lui.
Les sécessionnistes viennois ont peint ce qu’on ne
devait pas peindre : les frôlements, les enlacements,
les baisers, les douceurs, les violences, les rêves érotiques.
Refusant de désamorcer la charge sexuelle de leur peinture,
ils ont montré les corps nus dans une crudité radicale.
Je viens d'acheter la Sainte-Victoire de Cézanne !
annonce Picasso à Kahnweiler d'une voix fiévreuse.
Laquelle ? demande tranquillement le marchand qui
sait qu'il en existe près de quatre-vingts versions.
Mais... l'originale !!! répond le peintre espagnol.
En peignant l'envers noir de la vie humaine, Francisco Goya nous révèle
sa réalité profonde. Cette vision nouvelle qui trouble la frontière entre réel
et imaginaire préfigure Freud, mais fonde aussi la peinture moderne.
Rétif à toute intellectualisation d'une peinture née de son seul instinct,
Jackson Pollock a fait d'un monde ordonné en apparence un monde du chaos,
nettement plus proche sans aucun doute de notre monde réel.
Le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault
est LE manifeste du romantisme pictural. Sa vie
tumultueuse et passionnée a fait de ce peintre mort
à trente-deux ans l'archétype de l'artiste romantique.
Les femmes ont des désirs forts, ça ne date pas d'hier
(elles en ont eu bien avant d'avoir le droit de vote).
Merci à la peinture de nous le rappeler pour l'éternité.
On ne connaît de Diego Velázquez ni esquisses ni dessins,
et tout indique qu’il attaquait directement ses toiles avec ses
pinceaux et ses couleurs, desquels a jailli la peinture pure.
« Noli me tangere », dit Jésus ressuscité le dimanche
de Pâques à Marie-Madeleine, en larmes près du tombeau.
« Ne me touche pas, je ne suis pas encore monté vers mon Père ».
Et il aurait pu ajouter : « Je ne suis plus tout à fait un homme,
pas encore un dieu, et là tu me chatouilles ».