On peut dire de l’œuvre de Vilhelm Hammershøi qu’elle est
doublement métaphorique - un intérieur de vie austère pour
signifier une riche vie intérieure et un personnage qui nous
tourne le dos pour évoquer la solitude du peintre créateur.
Les toiles de Peder Mørk Mønsted ont un tel air de photographies que
l’on est est tenté d’identifier un lieu en particulier. En réalité, ce n’est pas
un morceau d’Italie, de Norvège ni même de son Danemark natal que
le peintre nous donne à voir, c’est la quintessence du pays tout entier.
Les visions métaphysiques de Ferdinand Hodler, où cohabitaient l’amour, la mort,
la conscience et le sommeil, ont-elles bénéficié de ce principe de représentation axial,
symétrique et systématique, qu’il avait baptisé un peu pompeusement parallélisme ?
Walter Moras (1856-1925) ne datait pas ses toiles, et l’on ne sait pas grand
chose de sa vie. Pourtant, les amateurs se disputent âprement ses tableaux,
au charme envoûtant, qui représentent tous ou presque les hivers enneigés
en forêt de la Sprée, surprenante réserve de biosphère au sud-est de Berlin.
Parmi les œuvres de Léon Spilliaert, même celles qui tendent vers
l’abstraction sont empreintes d’une déroutante étrangeté, qui génère
mélancolie et anxiété. Sa peinture donne au spectateur le sentiment
qu’il attend dans la solitude un événement qui ne se produira jamais.
Mieux que quiconque et du fait de son enfance paysanne, Pieter Bruegel l’Ancien sut restituer cette vie qui s’obstine malgré les
rigueurs du climat. Les chutes de neige furent particulièrement
abondantes l’année où il peignit les Chasseurs dans la neige…
Deux des œuvres maîtresses de Franz von Stuck, Innocence et Le Péché,
composent à elles seules une sorte de programme éloquent du symbolisme,
avec ce visage rêveur et ces lys blancs d’une part, ce serpent chargé de tant
de symboles d’autre part, enlaçant, lié à la nuit froide et gluante des origines.
En découvrant les projets d’illustrations de Carlos Schwabe pour Le Rêve, Émile Zola s’étonna d’y trouver « tant de choses qu’il ne se
souvenait pas d’avoir mises dans le texte. » Crânement, le peintre,
âgé de vingt six ans, lui rétorqua « qu’il aurait dû les y mettre. »
On a vu dans L’Art ou les caresses de Fernand Khnopff un
symbole universel de la lutte entre désir de domination terrestre
et désir d’abandon à la volupté. À gauche le mâle triomphant,
à droite la femme séductrice. Et s’ils étaient frère et sœur ?
« La découverte de Gustave Moreau, écrivit André Breton, a
conditionné pour toujours ma façon d’aimer. La beauté, l’amour,
c’est là que j’en ai eu la révélation à travers quelques visages et
quelques poses de femmes. Ça a été l’envoûtement complet. »